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Réalisateur Wolfgang Petersen
Acteurs Eric Bana, Sean Bean, Brad Pitt, Orlando Bloom, Diane Kruger, Brendan Gleeson, Brian Cox, Peter O'Toole, Rose Byrne, Saffron Burrows etc.. 
Genre Peplum Homérique
Durée 2 heures 35 minutes




Transposer sur grand écran une oeuvre aussi gargantuesque que l'illyade, à la fois complexe et compléte dans sa dramaturgie, n'est pas chose aisée. Il en est d'ailleurs de même pour toutes adaptations de ce type, neanmoins, l'illyade fait figure d'exception puisque, en l'état actuel des choses, c'est certainement LE plus gros morceaux jamais retranscrit au cinéma, si l'on excepte son homologue "Helen de troy" qui n'était en fait qu'une simple parabole, de bien piétre qualité il faut bien l'admettre. Raison de plus pour redoubler d'effort et s'appliquer sérieusement. Malgré l'ampleur conséquente du projet, Wolfgang petersen n'a pourtant pas hésité à s'y risquer. Tel ulysse et son odyssé, Petersen a mené son rêve à terme, oui mais comme tout le monde le sait, le voyage d'ulysse est bien connu pour ses obstacles inopinés. Entre la tempête qui a ravagé le plateau et Brad Pitt qui s'est blessé au tendon...d'achille, il faut bien reconnaitre que les dieux n'étaient pas avec petersen, pas étonnant qu'il ait amenuit leur importance dans le film vu l'aide indispensable qu'ils lui ont apporté.

Ainsi, Petersen traite l'oeuvre d'homère de manière expressive, laissant le soin au scénariste de remodeler certains évenements par souci de réalisme. Une mise en abyme qui délie les enjeux véritables de cette formidable épopée. D'autant que si il est bien évidemment question d'une libre adaptation, il ne faut en aucun cas omettre le fait que TROY est avant tout une vision personnelle, de ce fait, et tout en respectant le récit dans ses grandes lignes, Troy dispose de ressources largement équitables et tout aussi originales. Grâce à l'excellent script de David Beniof - jeune scénariste de talent, auteur entre autre du livre "24 heures avant la nuit" qui donna naissance au film éponyme de spike lee -, la poésie lyrique d'homère s'en trouve ainsi renforcée, une seconde jeunesse qui se voit magnifier par un souffle épique des plus salvateurs. Un atout qui fait toute la différence. Beniof, en s'octroyant quelques libertés, structure au mieux son traitement narratif qui devient aussitôt le point culminant du film, prennant progressivement de l'envergure au fil des événements. Aussi, il met à mal, et ce sans la moindre concession, le manicheisme inhérent. Cette démarche sert parfaitement le fond, la forme étant totalement autonome, et découle d'un vif intérêt pour la psychologie résolument chiadée de ses personnages. Beniof prend donc le temps de creuser au plus profond de la roche et d'en tirer le meilleur parti. En résulte une intéressante conflictualité intellectuelle construit en demi teinte et émanant d'un vaste panel de personnalité, campé par des acteurs savamment inspirés, à quelques exceptions près, auquel viennent se greffer des dialogues d'une richesse incroyable, et ce sans entacher un seul instant le rythme déjà bien engagé.

Parmi les acteurs, cela va du très bon au très moyen, du splendide bana qui nous livre ici un vrai rôle de composition dans l'armure du prince troyen, Hector, au décevant Cox qui cabotine outrageusement dans la peau d'Agamemnon. Quant à Pitt et Bean, ils font preuve, une fois encore, d'un immense talent, digne de leur réputation qui se base essentiellement sur un jeu sans faille. A noter un peter o'toole majestueux et une Rose Byrne craquante à souhait.
Au milieu du conflit se place insidieusement le couple Helen/Paris, respectivement joué par Diane Kruger, jeu niaiseux doublé d'une face de pain sucé ne faisant aucunemment honneur à la Helen que l'on connait pour sa magnifique beauté, et Orlando Bloom qui peine à insuffler une quelconque crédibilité à son personnage, la même expression consternée tout le long -monolithique dira t-on-, en même temps, vu le jeu très approximatif qui lui est imposé, un lache égocentrique à peine sorti de la puberté, force est de constater que le rôle de Paris lui sied à merveille. Un mal pour un bien? On retiendra donc surtout la prestation d'Eric Bana, la grande révélation du film, jamais guerrier n'avait été aussi bien incarné (quoique sean bean dans le premier LOTR lui fait directement concurrence), Brad Pitt, impétueux, arrogant, puissant, un parfait achille en somme, Sean Bean, impérial, Peter O'toole, Rose Byrne...bref, un cast irréprochable dans l'ensemble.
Seul ombre au tableau, enfin c'est tout relatif, il est à regretter que l'immortalité d'achille patisse d'une quasi démystification, compensé ici par ses exploits homériques, ce qui confère au personnage une dimension à la fois imposante et relativement humanisée. Le réalisateur a t-il voulu garder le mystére intact?

La mise en scéne de petersen est certe assez convenu lors des mélées mais elle a le mérite de conserver une certaine limpidité et une fureur grandissante. L'exact contraire de ROTK (un film excellent au demeurant, ne vous y trompez pas), avec sa photo baveuse, ses sfx graveleux par moment, ses plans montés à l'emporte piéce. A force de filmer au plus près de l'action, c'est au final carrémment illisible, voir presque epyleptique. Le grand spectacle céde souvent à la facilité, on ne compte plus que sur les sfx, parfois trop abusif, au détriment de l'imagination. Troy redresse la barre dans le bon sens, ce qui est tout à son honneur bien sûr. Voir 50000 figurants, rééls à première vue, se déchainés sur une forteresse, c'est autre chose que des orcs numériques (Jackson devrait en prendre de la graine). Par ailleurs, les batailles de Troy sont si dense qu'elles permettent une pléthore de fantaisies. De magnifique chorégraphies mit au service de duels mémorables, notamment le sommet du film Achille/Hector. L'intensité de chaque coup s'en ressent. La tension est à son comble même si on connait le dénouement, le film est suffisamment vivant pour nous le faire comprendre, d'où l'utilité de cette approche. Les décors confinent au sublime, la scéne de bataille dans la pénombre est à ce propos d'une impressionnante lisibilité.
Bref, une réalisation impeccable, nette et sans bavure.

Et enfin, la musique. Composée dans de très mauvaises conditions -trois semaines de répit-, ça se ressent indubitablement. Inachevé, le travail d'horner l'est malheureusement. La mise à l'écart injustifiée de yared a foutu un énorme handicap au film faut dire. Sans l'éviction de ce dernier, ça tenait de la perfection absolue. Mais ne boudons pas notre plaisir, le score de horner, tantôt magistral tantôt désué de toute identité, n'est pas si mal foutu que ça malgré son inégalité. Passé la première heure, ca se stabilise allégrement et c'est notamment dans ces eaux là que le film prend son envol donc...

On jouit au final d'une bien belle reconstitution de cette tragédie grecque. Troy a réussi son pari.
Bravo monsieur petersen, vous êtes un dieu.


Tequila

Le 15/05/2004

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