Movies < Critiques USA < The New World



(Cliquez sur l'affiche pour l'aggrandir)  

Réalisateur Terrence Malick
Acteurs Colin Farrell, Christian Bale, Q' Orianka Kilcher, Christopher Plummer, David Thewlis, Wes Studi
Genre Aventure métaphysique
Durée 2h15

Lorsqu'un réalisateur aussi doué, et le mot est faible, que Terrence Malick (The Thin Red Line, Days Of Heaven) se met en tête de revisiter les récits légendaires de Pocahontas, on peut s'attendre à ce que le bonhomme nous livre une interprétation très personnelle du sujet, ici présenté sous forme de conte épique, sans en oublier pour autant la substancifique moelle qui le caractérise tant. Une adaption libre, soit, mais, vous en conviendrez, autrement plus originale qu'une sempiternelle histoire d'amour, et bien que celle ci fasse partie intégrante du récit, elle est traitée d'une manière si singulière, à l'image du film, qu'elle en devient réjouissante, loin s'en faut bien sûr. Après The Thin Red Line, Malick réitére donc l'exploit de nous éblouir avec un film chargé en émotions fortes et parvient, tant par la recherche visuelle que par la qualité de l'écriture, à nous émoustiller sévérement les sens. Cela donne invariablement une toile de fond ostensible et forcément immuable. The New World possède en effet la faculté de raconter beaucoup de choses sur l'instant, en voix off notamment, et surtout de ne pas s'embarasser d'un manichéisme parfois prévisible, qui plus est inhérent à ce type de contexte, ainsi que de dialogues totalement futiles.

Et plutôt que de nous reservir un scénario vu et revu -dernier exemple en date, The Last Samurai (et ceci n'est en aucun cas une critique à l'encontre de ce très bon film)-, The New World tente, avec succés, d'inhiber une nostalgie latante et permet ainsi de voir au dela d'une banale compréhension et lecture morale, le reflet de notre monde actuel et de l'ancien en somme, ce qu'est advenu la communication également. De fait, Malick démontre, une fois encore, ses formidables talents de conteur et prouve définitivement qu'il est un esthète remarquable, ce qui transcende son récit d'une manière fort peu commune. Le résultat est carrémment convaincant et c'est evidemment cette dimension à la fois intimiste et distante qui, emprunte d'un onirisme rare dont je me garderai bien de décrire les versets (bien trop mystique pour le simple mortel que je se suis), inspire chez le réal cette élégant sens du cadre, illustant avec grâce les décors superbes qui ornent cet ample caneva. La photo, hallucinante de beauté, finit de nous achever et autant dire qu'elle donne considérablement corps à l'ensemble de l'oeuvre ainsi qu'à sa puissance cinétique.

Quant aux interprétes, on pouvait craindre, à juste titre, la présence de Collin Farrell qui, après quelques passages à vide (Alexander pour n'en citer qu'un), avait du mal à retrouver une certaine crédibilité dans son jeu (regardez bien ses yeux, ça fait peur quand même). Mais, contre toute attente, c'est bel et bien le Farrel de Tigerland qui nous apparait ici à l'écran, expressif et sobre, à l'instar de cette autochtone irresistible et au talent certain, véritable révélation du film (qui a dit Wes Studi, je parle bien entendu de Q' Orianka Kilcher ). On regrettera seulement que le rôle tenu par Christian Bale ne soit guère plus étoffé, quand bien même ce dernier ait été l'amant et donc rival de Smith (Collin Farell). D'aucuns pourraient penser à un simple faire valoir et c'est d'autant plus dommage pour un acteur de cette trempe (The Machinist, putain, c'est pas rien). Malgré ce petit bémol (il fallait bien en placer un, histoire de faire chier mon monde), il est évident que Malick a su vraissemblablement s'entourer de bons éléments, et pas seulement d'acteurs. Horner qui remplace Zimmer à la musique, choix étonnant que celui là, bien que s'avérant totalement justifié par la suite. La musique contribue grandement à l'ambiance et sait se faire discréte quand il le faut, même pendant le générique de fin, c'est dire. Une véritable ode à la poésie tant elle fusionne littéralement avec l'image. Je n'exagérerai pas en affirmant qu'Horner signe ici, et de loin, son meilleur score, comme ce fut d'ailleurs le cas avec Zimmer pour The Thin Red Line. Par la même, le réalisateur accéde humblement au chainon manquant qui faisait cruellement défaut au cinéma depuis ses 15 dernières années (et encore je suis gentil), à savoir la perfection dans la simplicité. Immersif à souhait, fascinant et apaisant, ce spectacle emphatique redonne tous ses titres de noblesse au film d'aventure et au cinéma tout court. Grand et Beau. Ca valait le coup d'attendre sept ans!


Tekila

Le 15/02/2006

Webmasters : Tequila et Aoshi
copyright "The World is yours" 2004

Designed by Aoshi & Tequila